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 Sur les routes, de Ribérac à Albuquerque :

l’universalité patrimoniale de l'automobilisme à l’œuvre !

              Dans le sud-ouest des Etats-Unis, le 11 septembre dernier commençait au Nouveau Mexique la sixième conférence biennale de l'association « Preserving the Historic Road ». Cette dernière y commémorait le dixième anniversaire de son action dédiée aux routes historiques.

 

              
Invité d'honneur pour l'occasion, l'historien reconnu de l'ouest américain Michael Wallis ouvrit la conférence dans l'espace majestueux, coloré et solennel du KiMo Theatre. A cet emplacement précis, la route historique 66 traverse la ville d'Albuquerque en son coeur. Comme ailleurs, The Mother Road exprime ici à merveille toute l'épaisseur culturelle de l'Amérique ; sa cohérence, ses paradoxes et son exotisme également, car les Etats-Unis s'offrent à lire presque tout entier sur cette ligne de temps et de culture. Leur ambiance si bien décrite par Jean Baudrillard est palpable à chaque tour de roue et à chaque regard porté sur ces bords de route : « L’intelligence de la société américaine réside tout entière dans une anthropologie des mœurs automobiles – bien plus instructives que les idées politiques » déclarait le philosophe contemporain que l'on complètera utilement tout de même par une lecture d'Alexis de Tocqueville.



            Alors qu'à l'extérieur ruminaient les borborygmes de quelques V8 et régnait une ambiance de western confirmée par la proximité des haltes historiques de la Wells Fargo sur le chemin de Santa Fe, le style Art Déco de l'Aztec Motel, ou encore la dimension inquiétante du musée atomique des Etats-Unis - situé à 50 mètres de l'hôtel de la conférence ! - commémorant le souvenir des expériences du site d'Alamogordo tout proche, sont apparus à l'écran, derrière le conférencier, des scènes de la fiction Cars produite par Pixar Studios en 2006. La mise en abîme du thème de la conférence et du spectacle proposé était donc totale, plus encore lorsque l'on sait qu'une avant-première de Cars eut justement lieu dans le KiMo Theatre. Que d’émotions alors, lorsque Michael Wallis, tout en truculence à la fois par son physique imposant et dans ses paroles –  dans le film, il prête sa voix au Shériff qui appréhende gentiment mais fermement Flash McQueen ! - est venu rappeler la teneur de ses discussions avec John Lasseter, génial inventeur de l'intrigue du film.

            Au-delà du propos, rendu académique pour la circonstance, les côtés à la fois amicalement enfantin et étrange des Etats-Unis - sur fond d'un système dont il ne faut pas évidemment sous-estimer les violences par ailleurs -, ont été rappelées les grandes étapes de la valorisation du patrimoine routier américain. Emblématique à ce titre, la Route 66 l'est assurément, depuis notamment l'année 1999, lorsque le Route 66 Corridor Preservation Program a été adopté par le Congrès.

 

            Personnellement, parvenu tard en soirée à cette exotique et déstabilisante destination d'Albuquerque, soumis de plus au sévère décalage horaire de rigueur, je ressentis une familiarité rassurante immédiate. Au cœur du mythe - également commercial - de la Route 66, en musique – pendant ces quelques jours combien de fois ai-je entendu le hit de Bobby Troup ! - dans la chaleur du désert du Nouveau Mexique, « pays de l’enchantement » riche en traditions « native » américaines, cette route mère essentielle, je la reconnaissais parfaitement !

 

            Instant de grâce : irrésistiblement, dissimulés mais bien présents telle une madeleine proustienne, sont apparus précisément des souvenirs d'une projection à laquelle il m'avait été donné d'assister dans un pt cinéma en famille en Périgord – d'où le Ribérac un peu énigmatique du titre de ce texte ! Une évidence en est ressortie : Cars est un média formidable, une icône contemporaine, au pouvoir suggestif inégalable en ce domaine au moins. Avec cette mise en avant des racines culturelles liées à la route, au-delà de l'automobile, c'est bien d'automobilisme dont il était question là-bas.

 

            Toutefois, la dimension anecdotique de l'affaire s'arrête ici, car de nombreuses institutions présentes, associées à la conférence sont venues par la suite rappeler le fait que cette promotion de la mémoire et de l'histoire relève aussi du big business traditionnel. L'on pouvait relever parmi les sponsors de la manifestation l'investissement de l'AASHTO (American Association of State Highway and Tranportation Officials), l'America's Byways Ressource Center, la Federal Highway Administration, le National Park Service Route 66 Corridor Preservation Program, le National Park Service Historic American Engineering Record, le New Mexico Department of Cultural Affairs, le US/ICOMOS (US International Council on Monuments and Sites) et encore le US Department of Agriculture Forest Service : bref, une affaire prise au sérieux, tant au niveau fédéral que local. Enfin le magazine American Road possédait également sur place son propre stand. 

 

            La présence et la participation active de nombre d'universitaires reconnus lors des différentes sessions de travail ne saurait tromper enfin. Les études routières (appelons ainsi les roadside architectures studies, transportation studies, etc., etc.) constituent un champ  disciplinaire reconnu aux Etats-Unis à l'activité éditoriale ébouriffante, d'ailleurs présentée et disponible à la librairie temporaire de la conférence. Keith A. Sculle et John A. Jackle, fameux duo d'historiens, y dédicaçaient pour l'occasion leur dernier ouvrage Motoring: The Highway Experience, University of Georgia Press, 2008).
Programme de la conférence sur la sauvegarde des Routes Historiques aux USA :
http://www.historicroads.org/PHR_Conf_Sched_2008.pdf

  

            Pour finir et revenir au chapitre entertainment, la fameuse, traditionnelle et conviviale Friday Movie Night permit de voir quelques films routiers : des muets de l'époque héroïque en passant par quelques fictions et des films d'ingénieurs locaux, un pan d'histoire des Etats-Unis a défilé.

 

            Là où, à ce jour, en France, les efforts demeurent isolés et peu nombreux finalement – citons parmi peu d'exemples l'équipe du magazine Route Nostalgie ainsi que l'activité débordante de Thierry Dubois, mémoire incarnée de la N7 -, la leçon américaine fut reçue comme édifiante. L'espoir de voir un jour se tenir une conférence  comparable de ce côté de l'Atlantique a donc porté nos rêves dans l'avion du retour.

 

            Nota bene : L'association Preserving the historic Road (http://www.historicroads.org) fondée en 1997 a tenu ses conférences en 1998 à Los Angeles (Californie) sur Hollywood Boulevard, en 2000 à Morristown (New Jersey), en 2002 à Omaha (Nebraska), en 2004 à Portland (Oregon) et en 2006 à Boston (Massachusetts), avec une session d'ouverture au célèbre Faneuil Hall. Depuis 2002, la FHWA et la AASHTO y apportent leur soutien financier. Pour des renseignements supplémentaires, Dan Marriott, conference chair et cheville ouvrière de ces travaux collectifs se fera un plaisir de répondre aux questions (www.pauldanielmarriott.com).

 

Novembre 2008, Mathieu Flonneau,

maître de conférences en histoire contemporaine,

Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Dernier ouvrage paru : Les cultures du volant. Essai sur les mondes de l'automobilisme,

Paris, Autrement, 2008.

 

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